À L’OMBRE DU SILENCE

Cette exposition est consacrée à l’oeuvre de Didier Comès, l’un des plus grands talents de la bande dessinée belge d’après-guerre, et certainement le plus grand dessinateur belge du noir et blanc. Le BAL rend hommage à cette figure majeure de la BD dans le cadre de la réédition d’un de ses plus fameux albums : L’ombre du corbeau.

Du 11 mai au 16 septembre 2012
Vernissage le 10 mai à 18h

Avec la collaboration de la Fédération Wallonie-Bruxelles, l’asbl Les Musées de Liège et les éditions Casterman

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Didier Comès est l’un des plus grands talents de la bande dessinée belge d’après-guerre. Et très certainement le plus grand dessinateur belge du noir et blanc. Son nom s’inscrit dans une lignée où l’on trouve Milton Caniff, Will Eisner et Alex Raymond côté américain, Pratt, Tardi et Crepax côté européen. Autant dire, la crème de la crème. Ce Fagnard né de père germanique et de mère wallonne – est entré dans l’histoire de la bande dessinée dans les années 80, avec un roman graphique inoubliable : Silence. Mais plus tôt déjà, il avait livré au magazine Tintin un livre aux franges du fantastique traitant de la mort et de la Grande Guerre : L’Ombre du Corbeau. C’est à l’occasion de la réédition en noir et blanc de cet album introuvable depuis plusieurs années que le BAL a décidé de rendre hommage à Comès en lui offrant toute la salle d’exposition du musée durant quatre mois.
JPEG - 107.1 ko Cette exposition nous emmènera des débuts (fin des années soixante, pour Le Soir Jeunesse, Pilote ou encore Spirou) aux travaux inconnus des dernières années. Un parcours à la fois chronologique - réservant d’étonnants inédits -, et thématique - ouvrant de nouvelles perspectives sur l’œuvre de cet auteur trop souvent réduit aux thématiques de la sorcellerie et de la campagne ardennaise. Se plonger dans Comès, c’est aussi regarder de près le travail sur les visages ; bouches concupiscentes ou souffrantes, yeux lubriques ou haineux. C’est se pencher sur les mains qui tuent, qui guérissent ou qui aiment. C’est entrer dans un bestiaire d’un phénoménal réalisme. C’est approcher de près le travail d’un maître du découpage et du noir et blanc.
A l’occasion de cette grande rétrospective, Comès accueille deux autres noms de la bande dessinée. Pour autant, aucun des deux ne présentera de planches ou de dessins mais bien des sculptures. Frank Pé, auteur de Broussaille ou de Zoo, accompagnera de ses bronzes le bestiaire dessiné du maître. Quant à Claude Renard, auteur des Médianes de Cymbiola avec François Schuiten (dont il fut le professeur), ses pierres taillées, nucléus et autres sculptures habilleront l’espace consacré à la partie de l’exposition dédiée au chamanisme.

Thierry Bellefroid
Commissaire de l’exposition


- Une après-midi portes ouvertes aux enseignants est organisée le 9 mai à 14h au BAL, en compagnie du commissaire de l’exposition, Monsieur Thierry Bellefroid. Plus d’informations sous info@lesmuseesdeliege.be.

- Réservation de visites guidées (60/65€) au 04/ 221 93 25

- Un numéro spécial de notre revue Liege.museum entièrement dédié à cette rétrospective sera en vente à la boutique du musée au prix de 2€.


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Didier Comès
Né en 1942, en pleine guerre, à Sourbrodt, village des cantons germanophones belges. Sa mère parle le français et son père l’allemand. Le village lui-même comporte une partie francophone et une partie germanophone. Son père, réquisitionné par la Wermacht, est envoyé sur le front russe. Dieter naît ainsi en plein chaos, aux frontières de la latinité et de la germanie. Bâtard de ces deux cultures, il gardera de son influence germanique le goût du fantastique. À l’école de Malmédy, après la libération, on lui refuse son prénom allemand, Dieter. Les frères maristes le francisent d’autorité en Didier… pour une meilleure intégration ! Comme si cela ne suffisait pas, Didier étant gaucher, l’enseignement d’alors le contraint à écrire de la main droite. Aujourd’hui, Comès écrit toujours de cette main droite, rationnelle et sociale, mais il dessine de la gauche, intuitive et personnelle.
À seize ans, obligé de travailler, il est engagé dans une entreprise de machines textiles à Verviers comme dessinateur industriel, travail fastidieux qu’il compense par le jazz, son premier « moyen d’expression », en se faisant remarquer comme percussionniste.
Ce n’est qu’à vingt-sept ans qu’il arrive à la bande dessinée en publiant pour la première fois, en 1969, dans le quotidien belge « Le Soir », une série de gags mettant en scène Hermann. Un éditeur bruxellois lui demande alors de réaliser Ergün l’Errant. Cet éditeur fera défaut et c’est « Pilote » qui publiera cette histoire en 1972. Elle marque le début de l’itinéraire d’un grand auteur qui, au fur et à mesure de ses collaborations, amènera son style à la maîtrise de Silence réalisé pour le mensuel (A Suivre), en 1979.
Comès est un écrivain traceur. Funambule, sa plume chargée d’encre très noire, progresse lentement, en équilibre entre réalisme et expressionnisme, étirant le trait pour lui donner tout son pouvoir de suggestion. Il ne reproduit pas, il transforme. Il ne restitue pas, il raconte la part d’ombre de chacun en faisant surgir de la nuit les marginaux, les paumés, les nains, les sorcières… car lui Comès, l’homme-hibou, voit dans l’obscurité ces emmuraillés du silence, de la non-conformité et du refus.
Son attrait pour la sorcellerie tient de son goût du fantastique, du mystère, comme de son attachement à toute marginalité. Cette puissance ténébreuse et incertaine est la seule puissance du pauvre, le dernier recours maléfique pour nuire à un autre. Cette réalité de la sorcellerie est éloignée de l’asphalte des villes. Elle s’enracine dans notre histoire et nos terreurs et se ramifie dans les campagnes.
De L’Ombre du corbeau à Silence, de La Belette à Dix de Der, Comès fait surgir cette lumière fragile de quelques bonheurs qui parviennent à s’extraire ou à se protéger des violences obscènes et des folies meurtrières des hommes. Silence est devenu la figure emblématique d’un univers où le bien et le mal s’enlacent dans les brumes inquiétantes de l’univers fantastique d’un auteur halluciné par nos propres noirceurs.


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